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Richard WEISS COLMAR

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Quand je serai grand, je serai bilingue – Wenn ich einmal gross bin, werde ich zweisprachig sein – Richard Weiss

« ABCM-Zweisprachigkeit » est sans aucun doute un des engagements des plus ambitieux de tout ce que l’Alsace a pu générer à la fin du XX° siècle. Il en va de l’indispensable nécessité de transmission de notre langue historique. Au fil des activités de nos associations, le lien des Alsaciens à leur langue ancestrale a singulièrement évolué alors que la transmission familiale s’amenuisait. Il manquait pourtant une reconnaissance visible ainsi qu’un outil éducatif. L’enseignement bilingue paritaire, puis immersif, tout comme la construction de structures de crèches restent les quasi seuls vecteurs d’apprentissage-intégration des enfants à notre spécificité linguistique et, évidemment, à notre culture en ses particularités. D’autres initiatives comme celle de l’association « Eltern » qui aide actuellement le rectorat à trouver des enseignants dans les pays germanophones, complètent la voie pour les jeunes qui ont grandi au sein d’un environnement bilingue.

En fait, rien n’a été inventé dès l’instant où d’autres régions de France disposent d’écoles bilingues à parité depuis de longues années. Mais chaque terroir a ses propres approches et difficultés ; l’Alsace, également, dut créer son modèle approprié.

Richard WEISS, enseignant à Colmar, premier président de cette association créée en 1990 avec l’aide de Tomi UNGERER, et qui scolarise actuellement des centaines d’enfants d’Alsace et de Moselle, auteur de l’ouvrage que nous présentons, y développe les nombreuses étapes de sa propre prise de conscience de notre fondement culturel rhénan et alsacien. Dès son plus jeune âge, les questionnements au sujet de sa langue maternelle, langue quasi exclusive de son environnement social, ignorée et combattue par celle qu’impose l’école en exclusivité absolue le préoccupent. Le jeune étudiant n’a, par la suite, pas cessé de découvrir les facettes d’une culture que piétinent ostensiblement les autorités nationales. Qu’à cela ne tienne, Richard étudie, collecte, compose, anime et rend à la langue historique de l’Alsace une place qu’elle n’aurait jamais dû perdre. Avec d’autres étudiants, il fait partie de cette jeunesse qui donne une note de fraîcheur à une langue maltraitée et malaimée, trop affaiblie pour lutter contre les affres et blessures de conflits guerriers que certains négligent, que d’autres refoulent, que d’autres encore instrumentalisent…

Richard est l’homme des évidences. Démontrer la logique immorale de ce que l’on appelle encore « école maternelle » et qui ne respecte en rien les langues maternelles des enfants qu’elle accueille, est en soi un cri contre les mensonges de l’Etat qui soumet tout ce qui n’est pas de langue française à sa théorie d’unité nationale. Côté enseignement, il ne cessait de dénoncer les méthodes d’apprentissage de l’allemand par des programmes nationaux destinés à des élèves qui n’ont en rien et jamais eu de lien avec une quelconque langue germanique. Une autre absurdité systématiquement mise en avant par les détracteurs des langues historiques dans les programmes de l’enseignement le fait bondir : la théorie abstraite d’une égalité républicaine qui distille tout au feu de l’uniformisation en écartant évidemment les spécificités locales et régionales.

La revendication d’obtenir quelques heures d’enseignement en langues d’Alsace – l’Elsasserditsch et le Hochditsch – se heurte évidemment à une féroce opposition de la part des instances de l’Education Nationale. La « guerre contre l’allemand » se revêt de costumes aux couleurs particulièrement peu séduisantes quelquefois. Des mots comme « autonomistes » (qui sous-entend des idées séparatistes), « collaborateurs », « nostalgiques », et bien d’autres encore.

Une solution se trouvait dans la pratique d’autres régions, en particulier au pays basque : créer une structure associative émanant de la volonté et de l’engagement de parents. Le rapport de force était finalement la seule langue que semblait entendre le « bon Français » dans ses absolus-canon et autorité.

Ce ne fut que le début de nombreuses luttes, tant face à des refus d’information, refus de mise à disposition de locaux municipaux pour y créer une classe, refus d’accès à d’indispensables services et bien d’autres chicanes pour écarter toute possibilité de création de classes bilingues. L’évocation de certains incidents de réunion et autres vétos spécifiques est édifiante. Tout y passait, entre les comparaisons fantaisistes, les confusions d’Histoire et d’histoires, les relents de toutes sortes de rejets, jusqu’aux injures, souvent en langue régionale évidemment… pour renier cette même langue à sa pérennité - Hànsimschnoogelocherei -. Et puis, héritage toujours en actualité : écarter la langue dite « dialecte alsacien » de sa diglossie « Hochdeutsch », comme pour creuser bien large ce Rhin qui doit absolument nous séparer de ceux que d’aucuns se représentent encore comme « barbares »… Mais le « David de l’enseignement bilingue » finit par s’imposer face à l’écrasant « Goliath des hautes sphères intégristes » …et quand certains élus nationaux s’en mêlent, ils finissent par s’emmêler. L’entreprise gagne des points. Le projet prend forme.

« Quand je serai grand, je serai bilingue – Wenn ich einmal gross bin, werde ich zweisprachig sein » est un voyage dans l’absurdité d’un système éducatif qui garde pour mission de former des petits Français idéalisés à l’image d’une nation une et indivisible. Personne ne saurait renier l’enseignement de la langue française mais cette dernière ne peut s’accorder le droit, pour tant de raisons humaines, culturelles et économiques, de mener une lutte contre la langue naturelle d’un peuple. L’ouvrage dénonce la réalité de nombre d’obstacles à maîtriser face à l’absolu d’une langue nationale, uniforme et inflexible. Ce livre a le mérite de nous rappeler que tout ce qui est entrepris dans ce domaine est constamment remis en question par une idée que s’est forgée d’elle-même la République. Une idée qui ne peut souffrir de nuances au risque que s’écroule le panthéon idéalisé d’une nation bâtie sur l’absolu de ce que les rois d’une époque imposaient à tous ceux qu’ils soumettaient à l’aune de leurs conquêtes guerrières. Et ce, malgré tant d’efforts nécessaires entrepris en faveur de l’ouverture sociale et économique de l’Alsace à 180°. Rien que le titre du livre prend encore une forme d’insoumission, de défi à une république qui n’a jamais pu ou su traduire « Liberté, Egalité, Fraternité », ni en langues historiques de ses composantes territoriales, ni en honnête partage à ses populations.

Quand je serai grand, je serai bilingue – Wenn ich einmal gross bin, werde ich zweisprachig sein – Richard Weiss vo Colmer-im-Elsàss  - Yoran Verlag – 14 €


Date de création : 01/04/2022 15:07
Catégorie : - LIVRES
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