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Vendredi Saint et la Saint- Etienne

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Heimet 244


Redonner du sens au Vendredi Saint et à la Saint-Etienne :

condition de leur survie en tant que jours fériés et chômés

L’Alsace-Moselle s’est récemment émue de l’annonce par le Gouvernement de ce que le calcul du temps de
travail dans la fonction publique ne prendrait pas en compte l’existence, en terre de droit local, de deux jours
fériés et chômés supplémentaires (le Vendredi Saint et la Saint-Etienne).
La polémique qui s’ensuivit, qui opposa notamment les membres locaux du parti les Républicains aux
soutiens du pouvoir en place témoigne, à mon sens, d’un angle mort qui pourrait se révéler mortifère pour
l’avenir du droit local.
Alors que le Gouvernement a affirmé à cette occasion, de manière matoise, que l’existence de ces deux jours
particuliers en Alsace-Moselle n’était pas remise en cause, ce qui est vrai puisqu’ils ne disparaîtront pas en tant
que tels mais ne procureront plus le même avantage, les hiérarques des Républicains ont rappelé, à juste titre, que
cette absence de prise en compte de notre spécificité juridique était annonciatrice de son déclin.
En réalité, l’angle d’attaque sur lequel il conviendrait à mon sens d’insister n’est pas de défendre l’existence
de ces deux jours fériés et chômés au seul motif qu’ils existent et que c’est un avantage qu’il faut dès lors
conserver.
Pour que leur existence soit pérennisée, il convient d’expliquer leur sens, voire peut-être même de leur redonner
du sens.
Sans explication, sans justification, il sera inévitable que le Gouvernement ou le législateur procèdent tôt ou
tard à leur abrogation au motif qu’ils constituent une rupture d’égalité intolérable au regard des Français d’outre-
Vosges qui ne bénéficient pas de ce même « privilège ».
Les deux rappels qui suivent n’ont pas vocation à constituer une justification au soutien de l’existence de
ces deux jours fériés car chacun remarquera le caractère plus ou moins désuet des traditions dont il sera question,
mais cela aura peut-être au moins le mérite de rappeler au lecteur quelques unes des origines, usages et sens que
nous pouvons assigner à ces jours.
En premier lieu, rappelons que la Saint-Etienne a longtemps été le jour du « Bündelestag », jusqu’au
début du XX ème siècle, jour où se déroulait la " foire aux valets ou marché aux servantes ".         

Il s’agissait du jour où ces employés pouvaient exercer leur faculté de changer d’employeur en espérant bénéficier de
meilleures conditions de travail. Ces employés bénéficiaient en quelque sorte d’un CDD avant la lettre
puisqu’ils travaillaient un an auprès de leur patron, passant même Noël dans la famille de celui-ci. Nous
pourrions considérer ce système comme une préfiguration possible de la protection qui s’attache de nos
jours au statut des travailleurs.
En second lieu, le Vendredi Saint revêt également une grande importance pour les Chrétiens.
En ce qui concerne les Catholiques, le « Karfreitag » est un jour de jeûne, de carême.
Quant aux Protestants, ils accordent à ce jour une singulière importance en se faisant un devoir de
participer en nombre au culte de la Sainte-Cène.
In fine, la condition de la pérennité de l’existence de ces deux jours particuliers en Alsace-Moselle résidera
dans notre capacité collective à leur redonner du sens, afin qu’ils soient légitimement perçus comme devant être
chômés.
Pour cela, il nous faudra rappeler leur histoire, réhabiliter la valeur des fêtes collectives et redorer le blason
du collectif et du commun, terni par des décennies d’un individualisme débridé dont les gouvernants profiteront
toujours, en dernière instance, pour affaiblir les communautés ainsi que les personnes.
Jean Faivre
Sources :
Article des Dernières Nouvelles d'Alsace du 31 décembre 2018.
Gérard Leser - Bernard Stoehr - Plantes, croyances et traditions en Alsace - Editions du Rhin 4° trimestre 1997
● Gérard Leser - Noël - Wihnachte en Alsace, rites, coutumes, croyances - Editions du Rhin septembre 1994
● Freddy Sarg - Fêtes et Coutumes d'Alsace au fil de la vie - Mémoire d'Alsace - 1° trimestre 2002
Nb :
Le Vendredi Saint et la Saint-Etienne ne disparaîtront pas en tant que jours fériés mais les Alsaciens-Mosellans
devront rattraper ces 14 heures à un autre moment de l’année. C’est la loi du 6 août 2019 sur la transformation de la
fonction publique qui prévoit l’obligation pour les fonctionnaires de travailler 1607 heures par an.

Heimet 243


Ces protestants alsaciens qui ont acclamé Hitler de Michel Weckel

La parution, fin mars 2022, du livre du pasteur Michel Weckel, a été saluée en grande pompe par les Dernières
nouvelles d’Alsace. L’ouvrage fut présenté comme une entreprise de salut public.
La lecture de l'interview du Professeur Lienhard figurant sur la même page du quotidien, malheureusement
réduite à la portion congrue, laissait néanmoins entrevoir les quelques failles de l’entreprise.
C’est sur ces quelques fautes commises par l’auteur et les nombreuses lacunes que comporte son travail que
nous avons souhaité attirer l’attention des lecteurs.
Sans condamner le principe d’un tel ouvrage qui est de toute évidence nécessaire à la découverte d’un passé
proche, il nous est apparu que ce livre est affecté de vices sérieux.
La première chose qui frappe le lecteur lorsqu’il entreprend la lecture de cet ouvrage est la tonalité vindicative
et fielleuse de ses lignes. Dès les premières pages, le ton du livre est donné.

Contrairement à ce que l’auteur etcertains commentateurs ont pu prétendre,

il s’agit là d’une œuvre pamphlétaire qui, comme tout authentique pamphlet, vise à accuser et dénoncer.

Il ne s’agit pas d’un procès respectant les standards minimaux d’une justice démocratique,

ni d’une œuvre d’historien soucieux de la complexité des faits.

En réalité, l’auteur ne s'embarrasse guère d'instruire à décharge le dossier de ceux qu’il a par avance choisi

de désigner à la vindicte publique.
Michel Weckel nous fait d’emblée part du dégoût que lui inspirent ses ex-ouailles. Il parle d’elles comme d’ «
un vrai panier de crabes » (p. 30). Nous pouvons tout de même nous rassurer en apprenant que le pasteur
Weckel a occupé d’honorables fonctions au sein de l’Eglise protestante, ce qui lui a permis de s’adonner à la
charité.
Rousseau nous l’enseignait déjà : “ Tel philosophe aime les Tartares, pour être dispensé d'aimer ses voisins ”.
Tentant ensuite de comprendre les raisons qui poussent ses paroissiens à se comporter en pécheurs, l’auteur
entreprend de tracer des parallèles et d'établir des analogies entre l’attitude des luthériens durant la Seconde
guerre mondiale et le vote FN qui atteignit des scores importants dans les zones où le luthéranisme est
fortement implanté. Sans avancer aucune explication, l’auteur émet des hypothèses et pose quantité de
questions accusatrices, conformément aux usages psychanalytiques qui veulent que la vérité se trouve moins
dans les réponses que dans les questions. Cette précision n’est pas anodine puisque l’auteur revendique d’être
un adepte de cette pratique et nous explique l’importance de la psychanalyse dans la rédaction de cet ouvrage.
Dans le chapitre 6 intitulé « Kirche, Heimat und Sprache », l’auteur s’attaque à Carl Maurer, qui fut Président
de l'Eglise évangélique-luthérienne d’Alsace entre 1940 et 1944. Michel Weckel est forcé d’admettre que
quelques éléments factuels ne concordent pas avec la vision de « bourreau » qu’il se fait du personnage. A la
suite des travaux de MM. Vogler, Lienhard et Siegwalt, Michel Weckel lui reconnaît même certaines actions
louables mais regrette, horresco referens, que Carl Maurer n’ait « jamais renié sa passion pro-germanique,
même après 1945 » (p 59). Nous avons du mal à comprendre ce qui est reproché à Carl Maurer. S’agit-il de sa
germanophilie ?
C’est sur ce point précis que l'œuvre exhale toute l’acrimonie qu’elle recèle. Michel Weckel en veut aux
luthériens alsaciens d'être ce qu’ils sont, de se rattacher à une tradition culturelle germanique.
Il oppose les protestants français, qu’il pare de toutes les vertus et les luthériens alsaciens, qu’il affuble de tous
les vices. Les uns seraient naturellement portés à la tolérance et à la résistance aux injustices quand les autres
seraient enclins à se soumettre et à collaborer aux pires basses œuvres. « La notion de résistance, les
protestants français, descendants des huguenots, la boivent dans leur biberon. Les luthériens alsaciens, c'est
plutôt le contraire qui leur a été inculqué au fil des siècles : la déférence envers les pouvoirs cléricaux et
politiques et la soumission aux autorités » ( page 108).
En définitive, l'auteur n’a guère le souci de faire la part belle à la nuance, son œuvre s’apparente à un
salmigondis de références mal digérées, truffé d’approximations.
Attribuons tout de même un mérite à Monsieur Weckel. Grâce à son travail, sera organisé, les 16 et 17
novembre 2023, un colloque intitulé “ Le protestantisme et les pasteurs alsaciens-mosellans entre 1940 et 1945
“. Sa direction scientifique sera confiée à un homme qui chérit la pondération, le Professeur Marc Lienhard.
Nul doute que les affirmations péremptoires assénées dans ce livre ne résisteront pas à l’analyse.

HEIMET 242


La consultation citoyenne : remède à la crise de la représentation

Le résultat de la consultation organisée par la Collectivité européenne d’Alsace est sans appel : plus de 92 %
des participants ont exprimé la volonté de voir l’Alsace sortir de la Région Grand Est. Plus de 168 000 personnes
ont participé à cette consultation, ce qui représente plus de 11 % du corps électoral alsacien, c'est-à-dire des
personnes inscrites sur les listes électorales. Ce score « soviétique » obtenu par le oui n’est en réalité guère
surprenant.
Les partisans de la sortie du Grand Est ont naturellement été davantage portés à se mobiliser pour faire
entendre leur voix que les partisans du maintien de l’Alsace dans le périmètre régional existant.
Pour tenter de décrypter le sens du résultat de cette consultation, il semble pertinent de discuter certains des
arguments versés au débat public à l’annonce des résultats. Aussi, pour le géographe Richard Kleinschmager qui
a donné une interview aux DNA publiée dans l’édition du 21 février, cette consultation présente plusieurs tares
qui seraient de nature à en affaiblir sérieusement la portée. Parmi ces défauts, le premier résiderait dans l’absence
de débat ayant précédé la consultation. Prenons le temps d’examiner cet argument : Afin de pouvoir voter en
pleine conscience et en ayant une bonne connaissance des enjeux sous-tendus par la question sur laquelle il va se
prononcer, le citoyen doit pouvoir s’informer en profitant de l’organisation d’un large débat public contradictoire
qui lui permettra de se forger une opinion.
S’il est établi qu’un tel débat n’a pas eu lieu, qu’il est sain de s’en émouvoir, il convient toutefois de préciser
qu’il semble hautement improbable que la majorité actuellement au pouvoir à la région aurait accepté de se prêter
à cet exercice qui l’aurait placée d’emblée dans une position délicate. Pour elle, l’existence de ce périmètre
institutionnel va de soi et ne saurait être remis en cause. Toute expression d'un doute étayé par des considérations
économiques, démocratiques ou culturelles exhale nécessairement un parfum de « repli sur soi ».
Ensuite, le professeur Kleinschmager reproche à la question posée d'être une question univoque.
Là, il est plus difficile de suivre son raisonnement. Pourquoi la manière dont la question était posée
constituait- elle un vice de nature à en annihiler la légitimité ? Au contraire, il semble que la question était
dénuée de toute ambiguïté et permettait aux citoyens de s’exprimer franchement en comprenant clairement les
contours de la question sur laquelle ils étaient appelés à se prononcer. En réalité, cet argument est étroitement lié
à l’absence de débat préalable à la consultation. L’universitaire poursuit en jugeant qu’une telle consultation
aurait pour effet de « squeezer » (sic) la représentation politique. Cet argument est bien fondé mais nous ne lui
attribuons pas la connotation négative qui lui est associée par le professeur Kleinschmager qui use volontiers
d’un terme dépréciatif lorsqu’il utilise le verbe “squeezer“.
Nous sommes bel et bien en France, sous la V ème République, dans le cadre d’un régime représentatif, d’une
démocratie représentative qui consiste à ce que les citoyens confient à des représentants élus l'exercice d’un
mandat qui est régulièrement remis en jeu dans le cadre d’élections libres. Naturellement, l‘organisation d’une
telle consultation a pour objet et pour effet d'introduire une dose de démocratie semi-directe dans un régime qui
est essentiellement fondé sur la représentation. Or, cette introduction est faite à dose homéopathique et ne saurait
remettre en cause les fondements représentatifs de notre démocratie. Bien au contraire, l'introduction de tels
mécanismes permet de corriger les défauts d’une démocratie représentative à bout de souffle qui présente des
maux que l’on associe fort justement à une crise de la représentation. Le risque de tels procédés est que la
question apparaisse comme un “défouloir “ plus que comme une question de fond engageant l’avenir de la
collectivité. Or, précisément, si le président de la Collectivité européenne d’Alsace, Frédéric Bierry, a recours à
une telle consultation, c'est justement parce que le débat sur la refonte du périmètre institutionnel est verrouillé,
tant au niveau des partis - il n’est qu’a songer à l’opposition entre Frédéric Bierry et Jean Rottner au sein des LR
- qu’au niveau parlementaire, alors que la majorité des Alsaciens se déclare toujours hostile à ce périmètre et

réclame avec constance et insistance le retour à une région Alsace. Aussi, ce mécanisme démocratique doit
permettre d’asseoir davantage la légitimité de la démocratie représentative et de la renforcer en en corrigeant ses
défauts inévitables. Il ne s’agit donc ni de la contourner ni de la subvertir. C’est ainsi qu’il faut comprendre la
volonté de Frédéric Bierry de saisir de cette question les différents candidats à la présidentielle afin que le futur
locataire de l’Elysée puisse, une fois parvenu au pouvoir, initier le processus qui pourrait mener à une loi
permettant la création d’une collectivité alsacienne à statut particulier exerçant les compétences d’une région et
d’un département.
Le chemin est certes long, mais la longueur inhérente à une telle procédure est une garantie de son caractère
démocratique. Aussi, si le prochain président de la République tient compte de la vox populi alsacienne en
donnant l’impulsion d’une procédure législative débouchant sur la renaissance d’une collectivité alsacienne à
statut particulier, c’est bel et bien la démocratie qui triomphera.

HEIMET 241
L'Alsace doit-elle sortir du Grand est ?

Au regard du thème central de ce numéro, il convenait d’évoquer la question centrale de la transmission
aux plus jeunes d’entre nous de la culture alsacienne, la langue en étant naturellement le noyau, la
substantifique moelle (die Sprache ist der Kern unserer Identität ).
Néanmoins, une envie irrésistible me poussait à évoquer l’actualité politique de cette fin de mois de
décembre. Cette envie de traiter de l’actualité politique me semblait justifiée par les enjeux et les questions
qu’implique le cadeau de Noël aux Alsaciens du Président Bierry. Cette information est politique au sens
noble et étymologique du terme qui renvoie à la polis grecque désignant la communauté des citoyens.
De quoi s’agit-il ?
Le président Bierry a annoncé la tenue d’une large consultation des Alsaciens sur l’avenir institutionnel,
de leur région. La question posée est la suivante : l’Alsace doit-elle sortir de la région Grand-Est ? Si ce
sujet a une résonance particulière au sein de la population alsacienne, qu’il permet de mobiliser largement
contre l’existence d’une région Grand-Est jugée trop vaste, cette opposition à un cadre institutionnel
paraissant inadapté à la mise en œuvre de politiques publiques efficaces et adaptées aux caractéristiques de
notre région, ne constitue pourtant pas un projet. Il convient de s’arrêter sur l’étymologie du mot projet qui
signifie « jeter en avant », se projeter, et évoque donc l’avenir.
A l'ivresse de la victoire pourrait succéder une désillusion des plus funestes. Nous nous imaginons, un
peu à la manière des théoriciens d’une fin de l’Histoire, que lorsque nous aurons obtenu de haute lutte la
résurrection d’une région Alsace, nous pourrons vivre alors en sybarites dans notre Schlaraffenland retrouvé.
En réalité, si la recréation d’une région Alsace est la condition sine qua non de la mise en œuvre de
politiques adaptées aux caractéristiques propres à notre région, elle ne saurait constituer qu’une première
étape dans le projet d’un épanouissement (Entfaltung) de la personnalité alsacienne.
Prenons l’exemple du droit local, si cher aux Alsaciens. La résurrection d’une région Alsace (qui serait
en réalité une collectivité disposant des compétences d’un département et d’une région) ne modifierait en
rien le sort du droit local qui paraît condamné à l’étiolement si rien ne change. Il faudrait que les élus d’une
collectivité alsacienne revendiquent la compétence de modification du droit local.

A l’heure actuelle, le droit local est un droit national d'application territoriale, c'est à dire que toute
modification le concernant est décidée par le Parlement. Dans une perspective visant à développer des
politiques épousant le caractère alsacien, ce serait une revendication de la plus haute importance, d'autant
que le droit n’est jamais qu’un instrument qu’il conviendra de manier avec ambition pour s’acheminer vers
une vraie territorialisation du droit visant à répondre de manière spécifique à des problématiques
spécifiques.
Je souhaite évoquer ici un autre exemple de choix politique, renvoyant au contenu d’une ligne politique,
qui pourrait être menée dans le cadre d’une institution puissante épousant les contours de notre région.
L’Alsace est une terre où l'engagement associatif et le don de soi possèdent une valeur particulière. Si
l’Alsace devenait une collectivité associant les compétences sociales du département et économiques de la
région, elle pourrait développer une politique ambitieuse dans l’esprit de celle qui avait été proposée il y a
quelques années, visant à faire participer les bénéficiaires de prestations sociale sà des activités associatives
aux fins de contribuer à leur réinsertion et à l'intérêt général. Au delà des problèmes juridiques qui
pourraient être soulevés par une telle politique, il serait judicieux de lancer des pistes afin de refaire de
l’Alsace une terre qui marie si bien labeur et solidarité, dans l'esprit coopératif qui a présidé à la naissance
du Crédit Mutuel (Raiffeisenkassen). Si les compétences confiées à une institution et le périmètre de celle-ci
sont d’une importance cardinale, la volonté politique revêt une importance encore plus décisive.
Si nous sommes collectivement désireux de sauver la langue régionale, suffira-t-il de créer au sein de la
nouvelle institution régionale un service dédié à la promotion de cette langue ou conviendra-t-il d’opérer un
changement complet de paradigme en estimant que le sauvetage de notre langue est une mission dont
l’importance égale les missions sociales et économiques ? Les arguments mis en avant par le Président
Bierry dans l’interview qu’il a donnée au Figaro du 21 décembre 2021 témoignent d’une vision étriquée du
politique qui se confond avec une vision managériale tenant plus à la gouvernance qu’au gouvernement.
Personne ne sera contre l'argument d’une plus grande “ efficacité de l’action publique “. Mais au-delà de
cette formule hermétique pour qui n’a pas usé ses fonds de culottes sur les bancs de Sciences po, qui peut
réellement prétendre que faire valoir cet argument servira à fédérer largement autour d’un projet ? C’est
comme prétendre qu’on peut tomber amoureux d’un taux de croissance et, partant, fonder un projet politique
sur de telles considérations.
In fine, lorsque le Président Bierry évoque une réinvention nécessaire des outils démocratiques, il me
semble dangereux de qualifier de démocratique une consultation qui n’a aucune portée contraignante au plan
juridique.
La démocratie n’implique-t-elle pas la responsabilité des décideurs devant les personnes qui leur ont
donné mandat ?
Qu'adviendra-t-il si une écrasante majorité se prononce en faveur d’une sortie de la région Grand Est et
que ce désir n'est pas suivi d’effet ? La démocratie perdrait de son lustre et sa définition serait vidée de sa
substance. Le lien entre gouvernants et gouvernés se distendrait encore davantage.
En définitive, je voudrais dire que cette consultation est une occasion unique de s'exprimer sur la
question institutionnelle qui est d'une importance décisive mais à laquelle il ne faut pas oublier de coupler la
question du contenu des politiques menées. Le contenu de ces politiques garantira, ou non, la pérennité de
l'âme alsacienne qu’il convient de léguer aux générations futures.
        Jean FAIVRE

Ànstàtt in jedere historische Region e gewesseni Freiheit ze ewergann durich e Subsidiaritätsgrùndgsetz, hät d
Regierùng einfàch ‘s Lànd in 13 Regione ingeteilt. S Vollig het züe dere Reform ewerhäupt kenn Meinùng därfe
wähle. So müess ùnsere demokràtisch Sìnn liide.
Im Elsàss ìsch ‘s àllewill noch e güeti Mehrheit, wü nichs von dem Grand-Est wìsse wìll. Ùnser Erbgüet, ùnseri
Sproch ùn ùnseri Gschìcht sìnn e soo àbàrt ; ùnseri Wìrtschàft äu, ìsch d Einzigscht wü ìwer de Rhin stràhlt.
Nàtierlig versüfft ùnseri Ejeschàft in dem grosse Flacke ùn Frankrich hät ken Vorteil ze hoffe àn dem, wàs mìr
salbscht verliere.
De Präsidant von de europäische Gebietskörperschaft (Collectivité Européenne d’Alsace) Frédéric Bierry rieft
ùns àlli ùff, dàss m’r ùnseri Meinùng effendlich üssprache. Doch kùmmt ‘s nìt nùr ùff e Prozentsàtz von Elsasser
àn, wü im Elsàss e gewesseni Autonomie verlànge. E jeder müess sìch instelle, dàss sìch ‘s Resültàt von dem
Fröjeprozess äu in de Lawestàtsàch entwìckelt : Sproch, Vereinslawe, Erbgüet, Lawesàrt, usw.
D Màcht ‘s Elsàss wìeder àls Region ze bìlde hät nùr de Stààt, ùn de Grand-Est hät sìch in e gepolschterter
Sassel gsetzt... De Kàmpf geht widderschd, e jeder müess mìtmàche.


Date de création : 13/10/2022 21:44
Catégorie : - Jean FAIVRE
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