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Devant la tombe de Nathan Katz

Devant la tombe de Nathan Katz, un samedi 14 janvier

par Jean-Paul Sorg

Depuis fort longtemps, Claude Diringer, secrétaire du Cercle Culturel Nathan Katz, organise chaque année, au premier ou deuxième samedi de janvier, un hommage au poète Nathan Katz, décédé à Mulhouse le 12 janvier 1981 à l’âge de 89 ans. Rendez-vous est donné par courrier et par la presse devant le cimetière central de Mulhouse à 14h 45. Cette année la date retenue était le 14 janvier et il se trouve que c’est par ailleurs la date anniversaire du jour de la naissance d’Albert Schweitzer (1875, Kaysersberg).

Ehrfurcht

J’ai relevé, moi le spécialiste, que Nathan Katz et Albert Schweitzer avaient la même année 1915 éprouvé, chacun de son côté, un sentiment d’Ehrfurcht, mélange de vénération et de crainte, et employé pour la première fois ce mot clé imparfaitement traduit par « respect ». De là à tracer des parallèles, à inventer des affinités…

Le Dr Schweitzer, embarqué sur un petit vapeur, remontait le fleuve Ogooué, quand soudain à la vue d’une bande d’hippopotames qui s’approchaient… « Am Abend des dritten Tages, als wir bei Sonnenuntergang gerade durch eine Herde Nilpferde hindurchfuhren, stand urplötzlich, von mir nicht geahnt und nicht gesucht, das Wort „Ehrfurcht vor dem Leben“ vor mir. » Il ne cessait de penser à la guerre qui pendant ce temps ravageait l’Europe. Pourquoi le commandement « Tu ne tueras pas » n’empêchait-il pas des milliers d’hommes de se tuer quotidiennement ? Il lui apparut tout à coup que le principe positif « Tu respecteras toute vie » pourrait opérer une conversion dans les esprits et les sociétés. « Das eiserne Tor hatte nachgegeben ; der Pfad im Dickicht war sichtbar geworden. Nun war ich zu der Idee vorgedrungen, in der Welt- und Lebensbejahung und Ethik miteinander enthalten sind. » (La porte de fer avait cédé ; une piste s’était dégagée dans les fourrés. Maintenant, j’étais parvenu à la conception qui permettait d’unir l’éthique à un oui au monde et à la vie.)

Le soldat Nathan Katz, prisonnier de guerre au camp de Nijni-Novgorod, quelque part dans l’immense plaine russe, à environ 400 km à l’est de Moscou, songeait à sa Heimet dans le Sundgau, c’était dimanche, il revoyait comme en rêve son village, la maison où il avait grandi, le verger derrière la maison et dans le verger le grand vieux poirier, qui était plus ancien que la maison, avait bravé des tempêtes et survécu à la foudre qui l’avait fendu et calciné l’intérieur de son tronc, dont les enfants s’amusaient à arracher des petits morceaux de bois vermoulu. « Als Kinder freuten wir uns immer, Stückchen des vermorschten Holzes herauszubrechen. » Mais l’arbre était toujours debout et reverdissait à chaque printemps, fleurissait à nouveau et donnait en automne des fruits au goût âcre qui se conservaient jusqu’à l’été suivant.

« Septàmber isch dure scho

   D’Birle lige n alli

   Im Sträu üf dr Hurt »

Rêveur, mélancolique et attendri, Nathan Katz conclut ses évocations nostalgiques si détaillées sur un soupir et y introduit le mot clé : « Ich hatte immer eine gewisse Ehrfurcht vor unserm alten Birnbaum. » Traduction de Jean-Louis Spieser : « Je ressentais toujours une sorte de respect devant notre vieux poirier ! »

Cet arbre était un lutteur. Non pas une chose inanimée, appartenant aux hommes, mais un être vivant, qui voulait vivre, durer et se reproduire, comme nous les humains voulons. Il était (comme) une personne qui a une histoire, qui a souffert et résisté, failli mourir et s’en est sorti pour vaillamment recommencer sa tâche, son travail de produire des poires. « Jedes Jahr, wenn einmal die Luft linder zu werden begann, wenn ein erstes Märzenblümlein blühte und die Stachelbeersträucher Blättlein trieben, da begann es auch im alten Holze des Birnbaums sich zu regen und zu wandern. » Comment dire cela en français ? Au printemps, quand… les petites feuilles poussaient aux groseilliers à maquereaux (d’Grüssela), ça commençait aussi à s’animer et à cheminer (?) à l’intérieur du vieux bois… On comprend : la sève recommençait à circuler. D’une manière quelque peu abstraite, mais intelligible, Jean-Louis Spieser a traduit : « commençait un mouvement de circulation ».

« Und dann arbeitete er, und dann hatte er keine Ruhe mehr, bis er in einem Grün stand…» Alors, il travaillait, se travaillait, s’acharnait et n’avait plus de repos avant d’avoir reverdi entièrement. C’est la vie !

Extraits, voir suite dans Heimet 247 mars 2023


Date de création : 27/03/2023 23:31
Catégorie : - Jean Paul SORG
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